L'Antenne : un site de ponte du Calamite

Date de l'actualité: 
28/03/2017

 

Un site de reproduction pour un crapaud d’exception

 

        L’arrivée du printemps et de la pluie a fait sortir un habitant de nos campagnes : Le Crapaud calamite. Découverts par un observateur bénévole dans la commune des Touches de Périgny (17), des sites de reproductions font l’objet d’une attention particulière afin de préserver cette espèce fragile, au cœur du site natura 2000 de la Vallée de l’Antenne. Usagers de la route, levez le pied !

      

      Le Crapaud cala…Quoi ?

 Le Crapaud calamite (Epidalea calamita) est un amphibien présent partout en Europe mais dont les effectifs sont en régression. On le retrouve dans les habitats sablonneux et ouverts de plaine et moyenne montagne. Assez trapu, il est différenciable du crapaud commun par une ligne dorsale jaune et des glandes parotoïdes (gonflement derrière les yeux) proéminentes et courtes. Sa pupille ovale est horizontale et son iris jaune peut être veinée de noir. Sa peau, recouverte de pustules brunes à rougeâtres, peut arborer des teintes variées du brun au blanc. Le mâle mesure 40-70 mm et possède un sac vocal interne colorant sa gorge en bleu lorsqu’il chante. La femelle mesure 50-80 mm et sa gorge est blanche.

 

 

 

      Le quotidien du batracien

Hibernant d’octobre-novembre à mars-avril (suivant les latitudes), le crapaud calamite sommeille sous terre, après s’être méticuleusement enfoui afin de s’abriter du froid hivernal. L’arrivée du printemps le sort de sa torpeur et  marque le début de la saison des amours. Les mâles se regroupent dans des mares, flaques, cours d’eau peu profonds et ensoleillés où les prédateurs des têtards sont absents. Ils entonnent alors leur puissant chant, audible à 2km, permettant ainsi aux femelles des environs de les rejoindre.   Lors de l’accouplement, le mâle s’agrippe au dos de la femelle en passant ses poings fermés sous les aisselles de sa partenaire : c’est l’amplexus. Celle-ci va alors pondre 1 ou 2 long(s) ruban(s)  de 1500-7500 œufs par ruban, que le mâle fécondera au fur et à mesure de la ponte. Une semaine après, les œufs éclosent et des têtards noirs, dotés d’une tâche claire sous la gorge animent alors le point d’eau. Leur métamorphose progressive va les doter des organes nécessaires à la vie terrestre (poumons, pattes, etc) et leur permettra, 6 à 8 semaines après leur éclosion, d’aller conquérir le milieu terrestre. La maturité sexuelle est atteinte à 3 ans pour le mâle et 7 ans pour la femelle.

 

Chant du Crapaud calamite

Source : Olivier DRILLON

          

 

 

 

      Un régime de sportif

 Malgré sa silhouette  corpulente, le crapaud calamite a une alimentation très variée et protéinée. Au menu : coléoptères, lombrics, fourmis, mollusques, cloportes et autres insectes en tout genre. Sa technique de chasse particulière le différencie aussi de ses proches cousins. En effet, peu enclin à l’affût à attendre le passage d’une proie, notre athlète préfère la course. Loin de la série de bonds habituelle, que ses (trop) courtes pattes avant lui interdisent, son déplacement s’apparente plutôt à celui d’un rongeur. Ainsi du crépuscule à l’aube, il ingurgite des dizaines d’invertébrés, participant activement à la lutte contre les moustiques, les mouches et les ravageurs des cultures.

 

 

SOS crapaud

Espèce protégée par la convention de Berne (Annexe II) et la Directive Habitat (Annexe IV), le crapaud calamite est menacé par la fragmentation ou la disparition des zones humides, l’utilisation des pesticides décimant ses proies, certaines pathologies comme la Chytridiomycose mais également, et en très grand nombre, par la mortalité routière !

En effet, la migration vers les zones de reproduction poussent des milliers d’amphibiens à traverser les routes où près de 40% trouveront la mort. Heureusement, il existe des moyens pour réduire cette hécatombe :

-          Placer des panneaux signalétiques sur les routes, aux abords des points d’eau afin d’inciter les automobilistes à ralentir

-          Diffuser des affiches de sensibilisation dans les communes concernées

-          Disposer des filets ou bâches et des sceaux enterrés le long des routes ; ils empêchent le passage des crapauds et permettent de les récupérer afin de les faire traverser manuellement ! Les sceaux doivent alors être relevés 1 à 2 fois par jour, ce qui demande une l’implication de bénévoles.

-          Fermer un tronçon de route ciblé du crépuscule et à l’aube

-          Construire un ou plusieurs « crapauducs »

 





 

Plus ou moins efficaces, ces mesures demandent des moyens financiers et humains différents. Mais toute aide est la bienvenue pour préserver cette espèce. La LPO coordonne une étude d’incidence de la mortalité routière sur les amphibiens. Virginie Barret, animatrice Natura 2000 en charge de ce projet, est joignable au 05 46 82 12 34 en cas d’observation. 

Certains organismes ont trouvé des actions innovantes et ludiques pour agir, à l’image du Groupe Mammalogique et Herpétologique du Limousin qui a imaginé un jeu de carte retraçant la vie d’un crapaud calamite, permettant de sensibiliser les enfants comme les adultes par le jeu (http://gmhl.asso.fr/simou/).

Malgré sa présence le long de la Charente et la Vienne, la population de Crapaud calamite ne cesse de régresser. Il est d’ailleurs cité dans les listes rouges Française et Mondiale des espèces menacées.

De nuit, par temps humide, soyez vigilants ! 

Un grand merci à Olivier DRILLON pour la transmission de ses précieuses et assidues observations sur le site Natura 2000 de la Vallée de l’Antenne.

 

Quentin Escolar, LPO